Avant-propos

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AVANT-PROPOS

« Quand on dresse un chien…, on ne le fouette pas pour le fouetter, mais pour le dresser et, à cet effet, on le frappe seulement quand il rate un exercice. Si on le fouette sans méthode, on finit par le rendre impropre à tout dressage « . Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce, (1942).

Plus que tout autre, le berger allemand, chien de dressage par excellence, a souffert de cette aberration de l’esprit qui a marqué notre culture : punir, punir, punir.

Alors que ce chien possède une caractéristique unique: c’est un loup amical. Ses créateurs ont en effet réussi à fabriquer un chien extraordinaire d’aspect, puisqu’il présente l’image du loup de notre inconscient collectif, oreilles droites, queue en sabre, poil bien fourni, prestance impressionnante, le vrai loup de la fable, mais qu’il est habité d’un caractère polyvalent, doux, protecteur avec l’humain en difficulté, et dissuasif face au malfaiteur.

Quand j’étais petit, à l’âge de trois ans, mon meilleur ami, c’était Sultan, le berger allemand de mon père, à qui j’ordonnais de se taire quand il aboyait trop longtemps sur les passants, mais qui me tenait chaud dans mon lit et à qui seul ma mère me confiait quand elle devait partir. Il m’avait sorti tout seul du bassin aux canards un jour où j’étais tombé à l’eau en jouant…

Plus tard, j’ai eu Zack et Oki. Une histoire folle avec ces deux monstres. C’était au cours de mon stage de maître-chien militaire, en 1966, au Centre d’instruction des services biologiques et vétérinaires des armées, à Compiègne.

Mon instructeur, le sergent-chef Schwartz, me donne l’ordre d’aller familiariser le chien qu’il m’avait affecté, Oki, dans le troisième box de la deuxième allée. Connaissant déjà assez bien le berger allemand, je sors mon paquet de Mi­-Cho-Co. Un peu dans la lune, et plein d’émotion à l’idée de toucher mon premier chien de guerre, je m’approche du box désigné. Je me mets en oeuvre d’apprivoiser un chien à l’allure terrible, un gris doté d’une tête énorme, qui m’accueille avec des bonds gigantesques et des aboiements d’enfer en bavant et en crochetant le treillis soudé de sa cage pour me tuer. Une demi-heure après, je suis dans le box, Oki me fait des mamours en ronronnant, et le chef Schwartz arrive pour contrôler ses élèves maîtres-­chiens.

 

Pacha 2 des Hauteurs de la Sole

Quand il me voit, il devient pâle, se crispe légèrement, ordonne brutalement « Couché, pas bouger », passe un savon monumental au chien, et me demande d’une voix étonnamment douce pour un gradé « s’il-te-­plaît, sors lentement, en faisant face au chien ». Je m’exécute. A peine la porte refermée, il explose « Tu n’as pas écouté mes ordres, tu t’es trompé de box, tu as pris Zack, et pas Oki. Zack, c’est mon chien personnel, c’est un fou furieux qui a déjà mordu une dizaine de types! »

Bref, mon ange gardien m’avait protégé une fois de plus. Et j’avais eu l’occasion pour la première fois de ma vie de me rendre compte que ces bergers allemands catalogués « dangereux » pouvaient parfaitement adopter un comportement normal avec des gens gentils, armés de caramels…

En quittant l’armée, en 1969, j’avais acheté Pax, le mal nommé, à un dresseur de mon club, à Armentières. Il ne cessait pas une seconde, dans ma 2CV, de courir d’une fenêtre à l’autre en trépignant. A la confirmation, le juge (Christian Abride) trouve qu’il manque de type, et qu’il s’agit selon lui non pas d’un pur berger allemand, mais d’un pur croisement berger allemand et beauceron.

Quelques années après, j’ai eu Pacha 2 des Hauteurs de la Sole. Un cas. Fils du champion allemand Marko vom Cellerland. Mille fois quand il était bébé j’ai juré que je m’en séparais parce qu’il ne valait rien comme chien de concours – j’avais décidé de me lancer dans la compétition. Et nous avons ensemble fini quatrièmes au championnat de France de travail pratique en campagne 1983, avec des excellents en ring3, pistage, et RCI3 (Règlement concours international 3ème échelon).

Sioux de Naphil, merveilleux poil long, son éleveur me l’a proposé quand il avait six semaines. Je ne l’ai pas pris parce que j’avais Pacha. Mais Pacha a été emporté sans avoir atteint l’âge de quatre ans, en un terrible instant, à cause d’un retournement d’estomac. Et Sioux poursuivait une jolie carrière, champion de Basse-Normandie en ring, sélectif. Par une belle journée, j’ai appris que son propriétaire le vendait. J’ai pu devenir l’heureux possesseur de celui qui, encore jusqu’ici, reste le seul chien français qui ait gagné un concours officiel en Belgique, le campagne d’Anvers. Nous avons aussi ensemble gagné plusieurs de ces formidables concours de nuit en Belgique où ni maîtres ni chiens ne savent jamais quelle sera la prochaine surprise, et où le programme est inventé à chaque concours. Et il a enchanté des milliers de spectateurs sur scène, de Lyon à Amsterdam, quand il jouait dans « Les Crachats de la Lune », une pièce de Gildas Bourdet produite par le Théâtre de la Ville. En 1991 il a disparu lui aussi à cause d’un retournement d’estomac.

Sioux de Naphil, champion de Normandie 1984

J’avais pris en 83 en co-propriété un magnifique chiot, Vlack du domaine des pins noirs. Magnifique, mais pas de punch. Je ne m’étais pas protégé par un contrat, l’éleveur me l’a repris d’une manière indigne, mais il a été Auslese (hors choix, qualité champion) en France.

J’ai eu ensuite Victor, ni Auslese ni punch, Aki, un nain resté 10 cm en dessous du standard, Geri, un poil long encore, lui était dysplasique (grave affection de la hanche), Lutti, un sombre mâle, dangereux sans être peureux, ce qui est rarissime,

Lutti

puis Cliff de Coblenza,

un multi vainqueur d’expositions, né en Espagne, et enfin celui d’aujourd’hui, Hero vom Hirschel, un très gros mordeur, né en Allemagne, où il a toujours fait l’excellent. Le chien en couverture de ce livre.

Le berger allemand, tout le monde le reconnaît, peut occuper tous les emplois, depuis la simple et agréable compagnie jusqu’aux métiers pointus de police ou de concours d’utilité. Mais il faut d’abord bien le connaître, bien le choisir, et ensuite bien le tenir. Ce petit ouvrage n’a d’autre but que de donner au lecteur la modeste expérience d’un véritable amateur de berger allemand, afin que ce chien merveilleux puisse continuer à faire le bonheur du plus grand nombre possible de propriétaires.

Verbier, le 2 janvier 2005